Introduction générale

Dans les semaines qui suivent l’arrivée des Soviétiques à Auschwitz le 27 janvier 1945, un groupe de rescapés pose devant ce qui deviendra rapidement un symbole à travers le monde, le portail d’entrée du camp surmonté du slogan Arbeit macht frei (« Le travail rend libre »).

©Mémorial de la Shoah

Au centre du groupe est déployée une bannière qui annonce « Parti communiste français. Section des camps d’Auschwitz et Birkenau » et claque comme une victoire contre les nazis. La date précise du cliché n’est pas connue, mais plusieurs éléments permettent de la situer vers la mi-février 1945. Sur cette photographie apparaissent dix-neuf personnes : deux soldats soviétiques, une infirmière et seize rescapés, onze femmes et cinq hommes que cette exposition a permis d’identifier.

Une partie des survivants photographiés se connaissaient avant d’être déportés à Auschwitz. Certains militaient dans les mêmes organisations communistes, parfois même avant-guerre, et ont été des compagnons de résistance. Tous ont partagé l’épreuve du camp, les uns depuis l’été 1942, les autres arrivant au fil des mois en 1943 et 1944. Laplupart sont juifs, et ont parfois été déportés avec leur famille. À travers leurs parcours—de l’arrestation à la déportation, de l’expérience concentrationnaire à l’évacuation, puis aux premiers témoignages — se dessine une histoire à la fois individuelle et collective.

Réussissant à se soustraire à l’évacuation ordonnée le 17 janvier 1945 par les SS, ils survivent jusqu’à l’arrivée de l’Armée rouge qui prend en charge les quelques milliers de rescapés encore sur place. Ils sont alors soignés dans un hôpital de fortune installé dans ce qui était jusque-là le camp d’Auschwitz I, et rapatriés au fil des semaines et des mois. Parmi eux se trouvent Jeanine Frydman, née sous le nom d’Hénia Frydman, et Paul Schulz, dont le Musée départemental de la Résistance et de la Déportation de la Haute-Garonne conserve un fonds d’archives exceptionnelles. Constitué dans les semaines et les mois qui suivent la libération du camp, il rassemble des documents et témoignages produits dans l’immédiateté de l’événement, révélant la volonté précoce des rescapés de comprendre, de documenter et de transmettre ce qu’ils viennent de vivre. Ce fonds constitue le fil conducteur de l’exposition. C’est ainsi un témoignage précieux et nécessaire que ces rescapés nous livrent : comment survivre à la barbarie ?

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