Février 1945
Dans les jours qui suivent la libération du camp par l’Armée rouge, les survivants sont autorisés à écrire afin de donner signe de vie à leurs proches. Ces lettres comptent parmi les premiers témoignages de survivants rédigés en dehors du cadre concentrationnaire.
Entre le soulagement d’être en vie, l’inquiétude pour les disparus et la difficulté à exprimer l’expérience vécue, elles témoignent d’un moment de bascule : celui du passage de la survie dans le camp au retour à la vie.
Lettre de Paul Schulz à sa femme Adèle
Auschwitz, 12 février 1945
Paul Schulz évoque sa survie au moment de l’évacuation d’Auschwitz, permise par l’utilisation de cachettes dans les caves et greniers du camp, ainsi que son engagement immédiat dans les services médicaux après la libération. Son récit mêle volonté de rassurer et premières évocations des violences subies.


Collection particulière, Alain Klebinder
Lettre de Bella Kirman à sa soeur Annette
Auschwitz, 12 février 1945
Bella Kirman exprime l’étonnement d’être libre après des mois de détention à Auschwitz et adresse un message d’espoir à sa famille. Ses mots laissent apparaître, en creux, la violence de l’expérience et la disparition de nombreux proches. Elle évoque également le rôle de l’armée soviétique dans la révélation des crimes, laissant entrevoir l’espoir d’une justice à venir : « nos sauveurs ont déjà relevé les preuves de ces terreurs ». Enfin, elle mentionne l’envoi d’une photographie d’un « groupe de copains », qui permet de dater le cliché de cette même période, au moment de la libération du camp.




Mémorial de la Shoah / coll. Kirman, Paris, inv. MDCXCIII
Lettre de Bella Kirman à Jeanine Frydman
Auschwitz, 23 février 1945
Rédigée quelques semaines après la libération du camp, cette lettre est écrite à l’occasion de l’anniversaire de Jeanine. Bella Kirman et elle sont alors prises en charge par l’armée soviétique et attendent leur rapatriement en France, répartissant leur temps entre soins médicaux et interrogatoires. Illustrée de dessins naïfs, la lettre mêle souvenirs partagés des épreuves traversées, solidarité entre détenues et espoir d’un retour à la vie. L’amitié et l’affection y apparaissent comme des formes de résistance face à la violence subie, témoignant de la persistance de liens humains au cœur même de l’univers concentrationnaire.


Collection particulière, famille Koné
