La destruction des archives d’Auschwitz Témoignage d’Heinrich Sussmann Auschwitz, janvier 1945

Le 4 novembre 1944, les autorités du camp ordonnent la destruction des fiches et des listes recensant les morts. Sous surveillance, des détenus sont contraints de rassembler puis de brûler ces documents dans les fours crématoires. Cette opération se déroule alors que l’Armée rouge approche de manière inéluctable. En détruisant ces archives, les SS cherchent à faire disparaître les preuves de l’ampleur du système concentrationnaire. Ce témoignage souligne aussi, en creux, l’importance essentielle des documents et récits dans la connaissance et la transmission de l’histoire.

Rapport sur l’ordre de détruire le fichier des morts et les listes des morts.

Heinrich Sussmann

Le 4 novembre 1944, le service 3a (affectation de travail) reçoit l’ordre du SEL de brûler toutes les fiches des morts qui se trouvent dans la salle des fichiers et de brûler les listes des morts. Cet ordre fut donné quelques jours après l’instruction de ne plus procéder à des incinérations.

L’exécution de la destruction des preuves écrites des crimes du meurtre de masse brun fut réalisée de la manière suivante :
(dans les fichiers n’étaient enregistrés que ceux qui avaient été amenés au camp et en partie aussi ceux qui se trouvaient dans le bunker (bloc 11)).

Le SEL, sous la direction de quelques hommes des SS, entra dans la salle des fichiers du service 34, dans laquelle travaillaient 16 détenues et deux détenus, parmi lesquels moi-même. Sous leur surveillance, nous devions rassembler les fiches en paquets. Une fois cela terminé, nous dûmes regrouper les classeurs dans lesquels étaient conservées séparément les listes de morts.

Trois d’entre nous transportaient les paquets de fiches ; chacun de nous en avait 2 à 4 sous le bras. Les fiches furent brûlées deux pièces plus loin, dans la pièce du SS Oberscharführer Nappe, dans un poêle. Après l’incinération des fiches, un contrôle strict fut effectué par les SS dans le service 3a, qui dura deux jours.

En même temps, la même procédure fut menée dans le bureau d’écriture des détenus, dans le département politique et dans le service d’enregistrement. Ainsi disparurent les preuves écrites des crimes cruels des SS et de la Gestapo à Auschwitz.

Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation, Toulouse, inv. 977.43.36

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